Célia BROZZU :« Mon stage en Amérique ! » (2019)

INTERVIEW-TÉMOIGNAGE. Formée depuis octobre 2018 par l’équipe de l’epss, actuellement inscrite en 2e année d’ASS, Célia Brozzu s’apprête à revenir en France d’ici quelques jours, au mois d’avril, après avoir réalisé un stage passionnant dans la ville de Salt Lake City aux États-Unis.

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D’où viens-tu ? Quel âge as-tu ?

J’ai eu 24 ans cette année et je suis originaire de la région parisienne. En 1992, mes parents ont acheté une maison dans les Yvelines que l’on occupe toujours à ce jour.

Es-tu bilingue ?

Je dirais que je suis maintenant pratiquement bilingue, je m’en sors bien à l’oral et à l’écrit grâce aux différentes expériences à l’étranger que j’ai pu vivre. Partir à l’étranger est, selon moi, la seule façon de bien maitriser une nouvelle langue.}}}

C’est ton 1er grand voyage à l’étranger ?

J’adore voyager, j’ai pu visiter pas mal de pays au cours de ma vie. Mais il s’agissait principalement de voyages touristiques. Entre octobre 2014 et avril 2016, j’ai vécu en Ecosse dans le cadre d’une mission bénévole pour mon Eglise. Bien sûr, je suis passionnée par l’aspect culturel de mes voyages ; découvrir de nouveaux paysages, une nouvelle architecture, de nouvelles traditions, croyances, personnes, langues, nourriture…

Mais ce que je trouve également inestimable c’est cette introspection que cela provoque. Tout ce qui nous semble normal, routinier ou acquis est remis en question, ce qui favorise l’ouverture d’esprit. Paradoxalement, je pense avoir plus appris sur moi-même et mon pays en étant à l’étranger !

AVANT LE DÉPART :

>>> Que t’impose l’école en 2e année d’ASS ?

a- Est-ce un stage obligatoire ? Ce stage devait-il être obligatoirement réalisé à l’étranger ?

En deuxième année de formation d’assistante de service social, nous devons valider un stage obligatoire afin de développer nos compétences professionnelles. Le fait de le faire à l’étranger n’est pas une obligation mais une possibilité. Je me souviens d’ailleurs que l’équipe pédagogique responsable des stages à l’international avait fait une présentation sur cette possibilité de partir à l’étranger, au début de ma première année de formation. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à considérer la possibilité de partir ailleurs pour mon stage.

b- Quelle durée obligatoire du stage à trouver ? Fallait-il trouver un seul long stage ou bien était-il possible d’en réaliser plusieurs de courtes durées ?

Le stage est d’une durée de 665 heures, préférablement dans la même structure, mais ce n’est pas une obligation.

c- Quelles conditions obligatoires pour ce stage ? (type de structure, missions…)

Je dirais que les seules conditions sont qu’il doit s’agir d’une structure sociale dont les missions et les activités doivent être en rapport avec mon futur métier d’assistante de service sociale.

d- Fallait-il trouver un stage obligatoirement rémunéré ? Si oui, au SMIC ?

La règle par rapport à la rémunération en France veut que si le stagiaire fait plus qu’un certain nombre d’heures, l’employeur est dans l’obligation de le rémunérer. Dans la mesure où mon stage est à l’étranger, cette obligation n’est pas en vigueur. Cependant, mon employeur a proposé de me rémunérer, ce qui a été d’une grande aide par rapport à toutes les dépenses que ce stage a engendrées (visa, trajet, transport sur place, assurance, nourriture…). info document - JPEG - 293.3 ko

Pourquoi avoir voulu faire CE stage-ci, et pas un autre ?

Ne m’étant pas encore décidée quant au secteur et au public pour lesquels je veux travailler après avoir obtenu mon diplôme d’Etat, j’essaye de faire des stages qui me permettent de voir différents aspects du métier. Mon premier stage s’est déroulé dans une association qui accueille des personnes souffrant de troubles psychiques et qui les aide à sortir de l’isolement, et pour mon second stage, je suis allée dans un centre hospitalier. J’avais entendu parlé de l’organisation Deseret Industries, donc je suis allée me renseigner un peu plus sur internet. J’aimais l’idée de découvrir le secteur de l’insertion, dans lequel je n’avais pas beaucoup d’expérience.

Tu voulais impérativement partir à l’étranger ?

Je ne voulais pas impérativement partir à l’étranger, mais il s’agissait d’une possibilité qui m’enthousiasmait beaucoup.

Comment as-tu trouvé ce stage ?

J’ai trouvé ce stage grâce à mon propre réseau. J’avais fait plusieurs recherches sur internet pour comprendre un peu mieux les services proposés par l’organisation. J’ai pu, grâce à mon réseau, trouver les bonnes personnes à contacter. Je savais que les démarches prendraient du temps donc j’ai fait en sorte de m’y prendre à l’avance. J’ai dû envoyer pas mal d’email, et j’ai eu un entretien par vidéo conférence. La recherche de stage et les contacts avec les employeurs étaient relativement aisés en comparaison de l’aspect administratif qui a été beaucoup plus compliqué.

As-tu rencontré des difficultés particulières AVANT ton départ ?

Ce qui a été le plus compliqué selon moi fut la question du visa. Il a fallu tout d’abord identifier le type de visa qu’il m’était nécessaire d’acquérir pour entrer sur le territoire américain. Mais une fois en avoir appris un peu plus sur le « visa J1 intern », les démarches ont été longues et compliquées. Il m’a fallu trouver un sponsor parmi une liste de sponsors officiels validés par le gouvernement américain, remplir des tonnes de papiers, répondre à des questionnaires en ligne, passer des entretiens à l’ambassade des Etats Unis à Paris… Et toutes ces démarches, j’ai dû les entreprendre seule.

PENDANT LE SÉJOUR : info document - JPEG - 232.4 ko info document - JPEG - 303.5 ko info document - JPEG - 288.5 ko

Peux- tu stp nous présenter brièvement la structure pour laquelle tu œuvres pendant ton stage ?

Je suis allée dans trois structures différentes : deux magasins Deseret Industries dans deux quartiers de Salt Lake City et dans un centre Humanitaire. Je vais vous expliquer le concept des magasins car c’est là que je suis restée le plus longtemps.

J’ai été accueillie par le Service de Conseillers en Développement travaillant en collaboration avec l’Organisation appelée « Deseret Industries » (DI). DI est un programme de formation qui propose de nombreux services en rapport avec l’insertion professionnelle : accès à plus d’éducation, possibilité de développer des compétences professionnelles, coaching et entretiens réguliers, participation à des ateliers sur la recherche d’emploi, mise en relation avec un vaste réseau partenarial et de nouvelles ressources… utilisant comme média à la formation, un magasin d’objets d’occasions (donation de vêtements, mobiliers, livres, appareils électroniques, ustensiles de cuisine, jouets, objets de décoration…).

Les conseillers en développement (CeD) avec qui je travaille, proposent un suivi régulier du public en tant qu’entité distincte du magasin. Par exemple, ils ne s’occupent pas du processus d’embauche mais procèdent cependant à une présélection des candidats en les rencontrant à leur arrivée, afin de les orienter vers les services les plus adaptés pour leur venir en aide.

Certaines fois, le conseiller en développement peut convenir avec l’individu, qu’un poste au magasin n’est pas la solution qui lui convient. Dans ce cas, le conseiller peut tout de même continuer à travailler avec la personne si celle-ci le désire, en lui apportant l’aide nécessaire pour réaliser les objectifs qu’elle se sera fixés. Si finalement, l’individu est embauché pour travailler au magasin, une équipe de professionnels lui est assignée pour l’aider à progresser et à atteindre les buts qu’il se sera fixés avec l’aide du conseiller en développement. Le magasin est dirigé par un gérant, lui-même aidé d’assistants.

Chaque section du magasin est gérée par un coach de travail à qui est assigné un groupe d’individus. Il est en charge de former ces personnes, de les aider à développer des compétences et une meilleure attitude de travail (ponctualité, service clients, efficacité…).

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Quelles sont tes missions aujourd’hui au quotidien concrètement ? Tu travailles en équipe ou pas ?

N’étant pas encore diplômée, je travaille en étroite collaboration avec une conseillère en développement (une professionnelle du social) de la structure qui est en charge de me former au métier de conseiller en développement. La mission de l’organisation est d’employer et de former des personnes faisant face à des difficultés pour trouver un emploi, les aider à développer leur autonomie afin de leur permettre de se réinsérer dans la société. Je conduis régulièrement des entretiens avec le public, j’anime des ateliers, je participe à des réunions d’équipes, je dirige des prises en charge en groupe… Les publics auprès desquels j’interviens sont des réfugiés ou des immigrés, des sans- abri, des personnes présentant des handicaps, des personnes souffrant d’addiction, ou tout simplement celles qui n’atteignent pas les exigences requises par les employeurs et ne parviennent pas à trouver un emploi autre part.

Es-tu satisfaite du déroulement de ce stage finalement ? Les bons points et les mauvais points ?

Je suis très satisfaite par le déroulement de mon stage. J’ai été très bien encadrée par les équipes de professionnels dans les structures qui m’ont accueillie. Ils ont été très bienveillants et attentifs à mes besoins et demandes. Ils ont pris à cœur leur rôle de formateurs et ont vraiment fait en sorte que je puisse revenir en France en ayant appris et développé mes compétences professionnelles.

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Puisque que tu es sur place, que penses-tu du système social américain ?

Je ne peux pas dire que je sois encore une experte en la matière, mais en étant confrontée au système social américain, je pense avoir développé une plus grande appréciation pour le nôtre. Les soins de santé aux Etats Unis sont excessivement chers et beaucoup d’américains ne sont même pas assurés. Si vous êtes hospitalisés aux Etats Unis, il faut vous attendre à recevoir une grosse facture à la sortie. Le gouvernement propose des solutions sous la forme d’assurances comme « Medicare » ou « Medicaid » pour les personnes âgées ou les plus démunis mais ça n’a rien à voir avec ce qui est proposé en France. Mais bien sûr, la variété des systèmes sociaux reflète la grande différence de mentalité et de philosophie autour des concepts tels que la liberté, la sécurité, le libre-arbitre, d’un pays à l’autre.

Bien qu’il y ait, selon moi, une bonne marge d’amélioration possible du système social américain, il est absurde de souhaiter mettre en place le système français aux Etats Unis. Chaque pays est unique, ce qui marche dans l’un, ne fonctionnera pas forcément dans l’autre. Cependant, j’ai pu me rendre compte que les principes et valeurs défendues par les assistants de services sociales sont partagés par les travailleurs sociaux américains. D’ailleurs, ils suivent le « Code of Ethics », qui comprend la plupart des points abordés par notre code de déontologie français : respect de l’individu, rejet de toutes formes de discrimination, secret professionnel, positionnement professionnel, collaboration pluridisciplinaire…

Que fais-tu pendant ton temps libre ?

info document - JPEG - 356.4 ko J’essaye vraiment de profiter le plus possible de mon expérience ici en participant aux différents évènements culturels de l’Utah. J’ai pu alors assister à plusieurs spectacles, des matchs sportifs (basketball, volley, hockey), j’ai visité des parcs nationaux, j’ai fait des randonnées, j’ai fait du ski et du snowboard… En règle générale, j’essaye d’accepter le plus souvent possible quand on me propose de faire une activité et ainsi de ne laisser passer aucune opportunité de découvrir de nouvelles choses.

L’intégration a-t-elle été facile pour toi sur place ? (Logement, transports, santé, sorties ludiques,..)

L’intégration a été plutôt facile car j’habite avec mon oncle et ma tante. Je loue une voiture auprès de particuliers, ce qui me coute 3 fois moins cher qu’en ayant recours à des agences de location. Deux de mes cousines font leurs études dans une université plus au sud, et comme nous sommes proches en âge, nous passons la plupart de nos weekends ensemble. Je me suis fait quelques amis ici et j’ai même retrouvé avec plaisir plusieurs amis que j’avais rencontrés en Ecosse.

Tu voyages un peu dans la région ? Raconte-nous un peu, si tu veux…

Même si mon stage occupait beaucoup de mon temps, j’ai essayé de découvrir un peu plus la région. Un weekend, je suis descendue tout au Sud de l’Etat, à St George, ce qui m’a pris à peu près 4 heures en voiture. En Utah, je ne vois pas les trajets en voiture comme une contrainte : les paysages sont tellement superbes que le temps passe extrêmement vite en les admirant. L’Utah se trouve dans une cuvette et est donc entouré de montagnes. Je suis particulièrement fascinée par les montagnes de roches rouges que l’on trouve en abondance plus au sud de l’Utah et qui sont absolument magnifiques. Une fois à St George, j’en ai profité pour passer une journée à Las Vegas, qui est à peu près à deux heures de route. Il s’agit d’une ville bien différente de tout ce que l’on peut trouver ailleurs, surprenante et très animée. Et le comble, c’est que depuis, je peux enfin dire que je suis montée au sommet de la tour Eiffel pour la première fois de ma vie. Dommage qu’il s’agisse du modèle réduit de l’hôtel Paris Las Vegas !

info document - JPEG - 367.5 ko LE RETOUR :

Tu resterais bien un peu plus longtemps ?

Ces quelques mois sont passés terriblement vite, ça va être difficile de partir et de dire au revoir à tout le monde. Je me dis qu’il y a encore tellement à faire que je resterais bien un peu plus longtemps ! Mais d’un autre côté, ma famille et mes amis me manquent et j’ai hâte de les retrouver.

Une fois rentrée en France, quel est le programme pour toi ?

Il me reste encore une année de formation avant de recevoir mon diplôme d’Etat d’assistante de service sociale. Je me laisse encore cette année pour me décider de la branche du métier vers laquelle je souhaite m’orienter. J’ai conscience qu’il ne s’agit pas d’un programme très précis, mais j’aime garder mes possibilités ouvertes !

Tu as pris de nombreuses photos ? Vidéos ? Tu nous les feras partager ?

J’ai effectivement pris quelques photos et vidéos (c’est un euphémisme) que je partagerai volontiers. Par contre, étant donnée que mon travail consiste à venir en aide au public, je n’ai pas pris énormément de photo sur mon lieu de travail par respect. Donc non, je n’ai pas fait que du tourisme !  Malheureusement, j’ai pris la plupart des photos avec mon téléphone, d’où la mauvaise qualité.

Tu viendras cet été à la rencontre des stagiaires de la 4e Paris Summer School organisée à Paris par l’epss ? Comme tu le sais, des élèves du monde entier vont venir à notre rencontre pour découvrir le travail social en France.

Ça serait avec plaisir, mais ça va dépendre de mes projets pour cet été. Je ne connais pas les dates de l’évènement.

LA SUITE ?

Comptes-tu revenir à Salt-Lake city ? Pour des raisons professionnelles ou personnelles ?

Etant donné que j’ai de la famille à Salt Lake City, il est possible que j’y retourne pour lui rendre visite et passer du temps avec elle. Grâce à mon stage, j’ai pu aussi développer mon réseau professionnel à Salt Lake City, ce qui pourrait m’amener peut être dans le futur, à revenir pour exercer mon métier là-bas. On ne sait jamais ce que nous réserve l’avenir !

Cela te donne envie de repartir à l’étranger pour travailler ailleurs ?

Je ne pense pas que ce sera ma priorité, mais pourquoi pas. Disons que cette idée ne m’effraye pas, après avoir vécu cette expérience aux Etats Unis.

En quoi cette expérience de stage aux États-Unis t’aura-t-elle servi au final ? A quoi ce stage va-t-il te servir pour l’avenir ?

Ce stage m’a permis de développer mes compétences et connaissances professionnelles, notamment pour ce qui est de la conduite d’entretiens, la collecte de données, la rédaction d’écrits professionnels, la prise en charge de groupes… Toutes ces techniques professionnelles sont, selon moi, très similaires à ce que j’ai pu voir et apprendre en France.

Il m’a aussi permis de me positionnée en tant que professionnelle, agissant face a de vraies situations et auprès de vraies personnes, ce qui a grandement contribué a développer ma confiance en moi en tant que professionnelle.

En étant confronté au système social américain, j’ai pu aussi faire grandir ma compréhension de notre propre système, tout en ouvrant mon esprit à d’autres façons de penser la relation d’aide, de se représenter le public et d’intervenir auprès de lui. Cette expérience a été très riche, et va contribuer à modeler la future professionnelle que je deviendrai.