Portraits d’hier et d’aujourd’hui

Portraits d’étudiant.e.s d’hier et d’aujourd’hui. Quelques lignes qui tracent les contours des passions, des révoltes et de l’engagement de ces professionnel.le.s en travail social formé.es à l’epss depuis 1913 à nos jours.

PENSER ET AGIR : 1913 - 1945

ODILE VALLIN (1914-2014)

Odile Vallin est née le 10 décembre 1914 au Havre, décédée en janvier 2014. Elle obtient son diplôme d’assistante de service sociale à l’epss en 1943 et conserve avec l’école des liens très forts comme en atteste la correspondance retrouvée il y a peu dans les archives de l’école.

Odile Vallin s’installe en Italie en 1944 pour y faire son noviciat. Elle travaille dans une école de travail social à Milan et y remplacera au pied levé le directeur déporté à Dachau. Elle inscrit son action dans la résistance et la clandestinité en abritant fugitifs et juifs et en maintenant les cours en dépit des interdictions posées par les autorités fascistes. Elle fonde sa propre école en octobre 1945 : l’école pratique d’assistantes sociales à Milan qu’elle dirigera jusqu’en 1950, date à laquelle elle sera appelée à Rome pour diriger l’école de service sociale des religieuses.

Elle écrit le 16 octobre 1945 : « j’ai appelé mon école « Scuola Pratica di assitenza sociale » et je la considère comme la fille spirituelle du boulevard Montparnasse. De nombreux témoignages décrivent une femme réservée mais déterminée. Ses lettres laissent transparaitre une femme d’action, pleine d’humour et de caractère, ce qui n’a pas manqué, tout au long de sa formation ou de sa carrière, de la mettre plus d’une fois en délicatesse avec les représentants de l’autorité lorsqu’il s’agissait d’affirmer ses convictions !

Figure majeure du travail social en Italie, Odile Vallin a largement contribué à sa modernisation et à la construction du travail social, marqué par son approche humaniste et centré sur l’importance de la pratique et de l’ouverture, notamment internationale. Elle participera de manière déterminante à de nombreux colloques, conférences, formations en Europe et dans le monde, tout en déplorant de ne pouvoir se consacrer plus à l’exercice de son métier d’assistante.

Aujourd’hui les écoles de travail sociales fondées en Italie, public ou privées n’existent plus mais ont été intégrées dans les cursus universitaires.

CONSTRUIRE : 1945 - 1991

CHRISTINE AUGUIN (1955-2016)

Christine Auguin
Christine Auguin

Disparue prématurément en 2016, à l’âge de 60 ans, Christine Auguin incarnait parfaitement l’esprit de « l’école de Montparnasse » : rigueur, conscience et un immense sens de l’engagement.

En 1976, son jury de diplôme notait sobrement dans son dossier « …elle fera une très bonne professionnelle ».

En 1986, forte de son expérience et de sa réflexion portée en amont sur la prise en charge sociale des enfants en bas âge et le soutien à la parentalité, Christine fonde la crèche Enfant Présent avec la psychologue-clinicienne Françoise Gerbert. Cette structure, première du genre à œuvrer en prévention et à intervenir dans le domaine socio-éducatif est une alternative innovante pour les parents qui n’ont pas les moyens de trouver un accueil compatible avec leur rythme de vie ou leurs difficultés familiales. La crèche qui a pour ambition de rompre la spirale de l’isolement pour les familles en difficulté ou précarisées accueille des enfants de 0 à 4 ans 24h sur 24, 7 jours sur 7 et œuvre en amont du placement.

L’association Enfant Présent, qui dispose de 3 sites sur Paris et dans le Val d’Oise propose : une crèche familiale préventive, une crèche collective, un service d’action éducative à domicile pour les familles qui souhaitent être soutenues dans leurs fonctions parentales et un placement familial séquentiel.

En 2010, les 2 fondatrices ont reçu la Légion d’honneur en reconnaissance de leur engagement pour la cause des enfants.

FAIRE SOCIETE : de 1991 à nos jours

ANTHONY BURT (promo ASS 2010)

Anthony Burt
Anthony Burt

J’ai choisi de m’orienter vers un diplôme d’assistant de service social car la solidarité, le don de soi et la générosité sont des valeurs fortes qui m’ont été inculquées dans mon éducation. Aussi, je n’étais pas à l’aise avec les matières scientifiques, et les métiers du commerce ou de l’industrie ne m’ont jamais attiré. Avec un baccalauréat économique et social, j’ai été sensibilisé aux questions de sociologie. Les sciences humaines m’ont permis de comprendre mon attrait pour des métiers tournés vers l’être humain et la compréhension de son environnement. De nature curieuse et ouverte, je savais qu’en me tournant vers la profession de travailleur social, je pourrais en apprendre davantage sur le monde qui m’entoure. C’est aussi la dimension d’aide et d’accompagnement qui m’ont semblé correspondre à mes capacités et mes appétences. Bien que ce soit un métier où les hommes ne sont pas très représentés, cela m’a paru clair d’intégrer ce type de filière.

Au départ, j’ai surtout choisi l’EPSS pour des raisons de proximité géographique. Et aussi en comparant avec les autres écoles de la région, la répartition théorie/pratique, importante à mon sens, m’ont paru bien équilibrées. En termes de contenu, je me souviens avoir été très vite plongé dans les différentes dimensions du travail social, notamment avec les séminaires de rentrée qui permettent d’explorer les champs d’intervention. Je pense que cela permet d’une certaine façon de se rendre assez vite compte si on va pouvoir évoluer dans ce domaine ou non. Au fil des 3 ans d’études, l’accompagnement et les interventions ont permis d’appréhender tant le savoir que le savoir-être.

Après l’école, j’ai passé un an en Roumanie avec le service volontaire européen, afin de découvrir le travail social dans un autre environnement, dans une autre culture. Ensuite j’ai travaillé en tant qu’assistant de service social dans une permanence d’accès aux soins de santé, par intérêt pour le champ de la maladie et de l’exclusion, et pour évoluer au sein d’une équipe pluridisciplinaire. Puis afin d’évoluer dans ma profession et me tourner vers une dimension managériale, j’ai intégré un service du Samu social de la Croix-Rouge Française en tant que responsable d’équipe socio-éducative. Je suis désormais volontaire au sein d’une organisation internationale en Afrique du Sud. Faisant partie d’un projet de vie, cela me permet d’acquérir de nouvelles compétences de conduite de projet, de découvrir une nouvelle culture, travailler dans une langue étrangère, rencontrer des problématiques sociales diverses. Se tourner vers l’international est l’occasion de s’ouvrir toujours davantage à l’autre. L’anecdote d’un intervenant m’a marqué, il disait pendant un cours qu’une dame qui fréquentait un service social avait été choquée qu’on appelle les personnes accueillies les « usagés » (usagers). Elle disait : « sommes-nous si abîmés que ça ? » En effet, notre façon de voir, de nommer, d’accompagner doit toujours être empreint d’humilité pour nous rappeler que ce sont des êtres humains que nous avons en face de nous.